Entretien avec G. Michel sur l’usage des machines de vote électronique

Introduction

Les machines à voter électroniques sont depuis une dizaine d’années au coeur d’une grande polémique avec comme point culminant le scandale américain. Mais il n’y a pas qu’au Etats-Unis que les retombées sont problématiques. On a pu observer des problèmes récurrents dans tous les états qui se sont engouffrés dans la solution du vote électronique : temps de vote plus élevé, pannes, impossibilité de vote, nombreuses erreurs de vote, mécontentement généralisé …

Actuellement en France, 1,5 millions d’électeurs sont concernés par ces machines. Sur ces 1,5 millions, 375 000 électeurs ont potentiellement des problèmes pour voter : personnes de plus de 65 ans, déficients visuels, illettrés, analphabètes technologiques. Ce qui correspond à une exclusion sociale de près de 25% des électeurs !

Gabriel Michel (expert international en accessibilité des machines à voter, qui a été amené à évaluer 2 des 3 machines à voter utilisées en France en 2007) nous a fait le plaisir de nous accueillir à l’université de Metz pour échanger autour de la problématique.

Gargarisme Ergonomique est sorti d’un entretien de plus d’une heure très riche en informations surprenantes et anecdotes croustillantes, que vous apprécierez certainement.

Encore merci pour sa disponibilité !

La fiche de Gabriel Michel

photo-gabriel-michelMaître de conférence – Univ. Metz – laboratoire ETIC

Thèmes de recherche : accessibilité web – interactions vocales (adaptation de messagerie électronique pour déficients visuels et séniors) – vote électronique – pédagogie autour de l’outil informatique (elearning – université virtuelle – didacticiels pour déficients visuels) – formations interculturelles.

Formation : doctorat en informatique – DESS d’ergonomie

Début de l’entretien

Bonjour M. Michel. En guise d’introduction, pouvez-vous nous dresser un bref état des lieux de l’usage des machines à voter électronique ?

Et bien je dirais une bonne dizaine d’années de flambée, avec comme point culminant le vote aux Etats-Unis, qui a été très médiatisé autour des années 2000 et qui a fait que M. Bush a été élu. A côté de cela, on a eu différentes expériences qui ont eu lieu dans des pays majeurs, comme l’Inde, le Brésil, le Vénézuela et puis depuis plusieurs années des pays en Europe, comme l’Irlande, la Belgique, la Hollande et plus récemment la France.

Justement la France … Parlons-en. Comment expliquez-vous que le grand public commence à peine à être au courant de la problématique ?

La raison est simple. En France, l’information publique ou officielle, c’est-à-dire celle que les politiques communiquent au grand public, n’est pas la même que l’information scientifique. Du coup, on ne s’intéresse pas forcément à ce que disent les scientifiques. Mais les choses changent peu à peu.

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Racontez-nous votre première expérience concernant les machines à voter.

Cela remonte à 1995 au Brésil. A l’époque, on nous avait demandé de « valider » les machines de vote. Ils souhaitaient une validation … une validation scientifique comme quoi leur système fonctionnait. Pas une évaluation.

Ils ont été déçus ?

Ils ont été déçus. La conséquence plus désagréable pour mes collègues brésiliens qui ont travaillé sur le sujet ait qu’ils ont eu de nombreuses pressions et n’ont pu faire de publications sur ce que l’étude avait révélé. A cette époque, on était au Brésil en plein fantasme de la technologie …

Fantasme de la technologie ?

Oui, le fantasme de « la technologie qui fait tout ». L’illusion technologique. C’est un phénomène qui s’est déjà vu dans d’autres types de transformation. P.ex. avec l’ère de l’enseignement assisté par ordinateur en France dans les années 1980. On s’équipait en systèmes techniques onéreux pour prouver que l’on n’était en avance … même si les professeurs n’étaient pas formés, même si l’environnement n’était pas préparé etc. C’est ce que l’on appelle le « push technologie ». Avec les machines à voter on a eu le même phénomène, notamment en Amérique du sud. Le Brésil et le Vénézuela l’ont utilisé assez rapidement pour montrer qu’ils étaient en avance sur les autres pays.

Quels sont les principaux problèmes relevés lors des premiers tests utilisateurs ?

Ce qui est intéressant et frappant, c’est que l’on retrouve quasiment toujours les mêmes problèmes … avec les mêmes proportions de personnes qui n’arrivent pas à voter ! Le paradoxe, c’est que, vu de l’extérieur, le processus de vote ne semble pas très compliqué. C’est vrai, globalement, on doit choisir un maire et un conseiller municipal. Le maire correspond à un numéro, le conseiller municipal à un autre. Il y a donc deux chiffres. Cela ne semble pas très compliqué. En théorie on tape le premier chiffre, on valide, on tape le second, on valide. Et bien le premier problème que l’on a constaté, c’est que les gens oubliaient de valider. Ils restaient 30 secondes, voire quelques minutes à attendre la machine. Comme ils voyaient que rien ne se passait, ils commençaient à tapoter sur toutes les touches de la machine. C’est un type de problème que l’on a également retrouvé en France l’année dernière. Les personnes appuyaient sur le visage du candidat souhaité, mais n’avaient pas le réflexe de valider.

Cela semble pourtant être un problème anticipable … comment expliquer cela ?

Cela est dû à la représentation que les gens ont d’une procédure de vote. On retrouve ce paradigme en psychologie cognitive dans le domaine de la résolution de problème. Lorsque l’on est en situation d’impasse, on essaie d’appliquer des schémas analogues à la situation dans laquelle on se trouve. Dans le cas des machines à voter, le schéma analogue est le langage parlé. « Je dicte le numéro du candidat pour voter ». La validation est implicite et les gens ne comprennent pas pourquoi ils doivent en plus appuyer sur un dernier bouton pour valider le vote.

Quels autres problèmes d’utilisation aviez-vous constatés au Brésil en 1995 ?

Avec les toutes premières machines, un système de touches braille était implémenté. Imaginez un clavier de type téléphonique. Le braille était inscrit entre les touches. P.ex. entre le « 1 » et le « 4 » était proposé la touche braille du « 1 ». C’était assez surprenant.

Les gens arrivaient à comprendre le système braille ?

Disons qu’ils avaient de grandes difficultés. D’autant plus qu’au Brésil à l’époque, il n’y avait même pas 10% des déficients visuels qui connaissaient le braille ! Avec la seconde génération de machine, le braille était directement proposé sur la touche concernée. Cela présentait une amélioration certes, mais cela ne changeait rien pour la majorité du public déficient visuel qui ne savait pas lire le braille.

Globalement, les journées de vote étaient donc un peu compliquées ?

Oui assez compliquées en effet. On notait des temps de vote plus élevés. On s’est rendu compte que les gens mettaient deux fois plus de temps à voter sur ces machines, c’est donc comme si le nombre d’électeurs avait doublé. Ensuite il y avait beaucoup de pannes, des gens qui n’arrivaient pas à voter, de nombreuses erreurs de vote avec p.ex. des gens qui votaient pour B au lieu de voter pour A sans s’en rendre compte. Bref un chaos organisationnel et un mécontentement généralisé …

Les procédures de vote aux Brésil sont similaires à celles que l’on connaît ici en France ?

Et bien justement, on avait noté des choses assez frappantes. La procédure « classique » de vote brésilien prévoyait certaines procédures qui ont été complètement éradiquées avec les machines à voter. P.ex. il y avait beaucoup de personnes qui appartenaient à la classe ouvrière, qui ne savaient ni lire, ni écrire. Cette catégorie de personne avait la possibilité de voter d’une manière différente des personnes qui savaient lire, en dessinant l’animal représentant le parti. Avec les machines à voter ce n’était plus possible. Les machines ont donc favorisé l’exclusion de cette classe.

Les bureaux de vote au Brésil sont similaires à ceux que l’on connaît en France ?

Et bien justement, j’ai une anecdote assez intéressante. A l’époque, en 1995, les télévisions locales montraient des bureaux de vote mobiles, sur pirogue, avec des machines à voter qu’on déplaçait dans les villages reculés de l’Amazonie! Il y avait donc d’autres paramètres à considérer comme le contexte d’utilisation de ces machines de vote qui divergeait en fonction des régions.

Pourquoi les machines de vote sont quasiment toutes tactiles ?

Et bien il me semble que les concepteurs se sont tournés vers des interfaces tactiles car on pensait d’une manière générale que cela était plus accessible. En effet, cela permettait de représenter plus simplement et plus fidèlement le visage des candidats, ce qui, avec une interface plus classique avec des touches mécaniques n’était pas possible. J’imagine que c’est pour cette raison qu’on a choisi d’employer le mode tactile. C’est à mon avis également pourquoi l’on trouve des interfaces tactiles dans les aéroports ou dans les gares.

Système à voter aux USA


Donc à priori, le fait que cela soit tactile n’est pas le problème ?

Non non … pas du tout. Malgré tout on se rend compte que le tactile a ses limites … Plusieurs études ont montré que ce système n’est pas assez précis et il y a également des problèmes de feed-back utilisateur.

Pourquoi ne pas partir sur quelque chose de plus classique et de plus connu ? Un clavier, une souris, un système web ?

Détrompez-vous, on se rend compte que les souris, tout le monde ne sait pas les utiliser. Un des résultats de nos recherches est que la problématique est si complexe qu’il faudrait plusieurs types d’interfaces pour pouvoir répondre au besoin. Il devrait être obligatoire de proposer pour chaque citoyen qui le souhaite un mode alternatif de vote.

On dit qu’en France il y a plus ou moins 375 000 personnes qui ont des problèmes à utiliser les machines de vote électronique. Quelles sont les populations concernées ?

Il ne faut pas oublier qu’on est électeur à partir de 18 ans. Donc fatalement, par rapport à des études « grand public » classiques, la proportion des personnes âgées est beaucoup plus importante. On a à peu près 20% de personnes qui ont 65 ans et plus. Pour les sourds, il n’y a pas de problème particulier, mais il y a aussi les déficients visuels, les analphabètes, on arrive facilement à 25% de la population totale des électeurs, ce qui n’est pas négligeable. Ensuite il y a le type d’électeur qui sait lire et écrire mais qui a des problèmes avec les nouvelles technologies et donc des problèmes avec les machines à voter. Il y a encore en France une part non négligeable de la population qui ne sait pas utiliser les distributeurs automatiques de billets ou qui n’a jamais touché à un ordinateur.

Est-ce que le peu d’effort réalisé pour rendre ces machines utilisables et accessibles par ces catégories de personnes est dû au fait que le gouvernement ne les considère pas comme suffisamment importantes « politiquement parlant ».

C’est difficile à dire … Disons que les gouvernements sont bercés par l’illusion technologique … vous savez le fantasme technologique : les autres s’équipent, donc il faut s’équiper également, sinon il y a ce sentiment de retard. On se dit que la technologie est là et qu’elle marche, et donc qu’on peut y aller raisonnablement. C’est également dû aux profils des décideurs … ce sont des gens qui sont plutôt des cadres supérieurs ou fonctionnaires qui baignent dans les technologies, et donc pour eux il n’y a pas de problème … choisir une personne parmi une liste d’une douzaine de personnes … où est le problème ! Ils sont un peu coupés de la réalité.

(…)

Et puis en général, les populations exclues par rapport aux nouvelles technologies ne sont pas les populations qui font le plus de bruit. Ce sont du coup des individus transparents politiquement parlant …

(…)

Donc pour résumer, il y a d’un côté le fait que cela ne soit pas vendeur politiquement parlant, et d’un autre côté le fait que l’ergonomie et l’accessibilité ne soient pas connues. Les gens ne savent pas ce que c’est et n’ont pas conscience des problèmes.

On justifie souvent les problèmes d’ergonomie par des notions de sécurité. Est-ce que vous pensez que c’est un vrai débat ?Non je ne pense pas. Je pense simplement que cela est dû au fait qu’il y a en France de nombreuses personnes qui ont de bonnes connaissances en informatique et tous savent qu’il est très facile de « trafiquer » un vote électronqiue. D’ailleurs, en décembre dernier l’association française des enseignants chercheurs en informatique s’est prononcée publiquement contre l’utilisation des machines à voter. Et essentiellement pour des problèmes de sécurité. D’ailleurs la plupart des associations d’informaticiens qui militent contre les machines à voter sont des associations qui se focalisent sur des problèmes de sécurité et de non transparence des machines à votes.L’ergonomie et l’accessibilité dans tout ça ?Et bien l’importance perçue des problèmes d’accessibilité et d’ergonomie est liée à l’état de ces disciplines en France. L’ergonomie est quelque chose qui n’est pas visible, dont on n’est pas très conscient. Dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis où ils ont plus de recul, la plupart des articles et livres publiés autour des machines à voter précisent que les problèmes d’accessibilité et d’ergonomie relevés sur ces machines sont de même niveau que les problèmes de sécurité. Il faudra donc un peu de temps pour que les gens en France intègrent cette dimension. Mais ça va venir.Vous travaillez sur la problématique depuis maintenant 12 ans. Est-ce que le gouvernement français vous a personnellement contacté ?Non pas vraiment … En fait, on avait répondu avec le laboratoire ETIC en décembre 1996 à un appel d’offre pour un projet de recherche sur l’extension du vote électronique. C’est la direction stratégique du premier ministre qui avait lancé cet appel d’offre. Nous avions répondu à l’appel d’offre en précisant que le problème n’était pas d’étendre le vote électronique, mais plutôt d’en étudier l’opportunité. Nous avions proposé de ne pas lancer ce projet car les machines à voter n’étaient pas du tout au point. Les représentants du ministère sont venus à Metz et on les a convaincus qu’il était nécessaire d’avoir un peu plus de recul et qu’il était impossible de généraliser les machines de voteIls vous ont écouté ?Oui. On a ensuite été invité au sénat dans des réunions autour des machines à voter. On a réussi à convaincre les décideurs d’arrêter le processus. A partir de cet instant, le gouvernement ne finançait plus les machines à voter. Il y a juste eu les élections de l’an dernier qui ont montré que nos craintes étaient justifiées et à ce jour, en plus de ne plus financer les machines, le gouvernement interdit aux mairies de s’équiper de machines à voterQuels sont les plus grands éditeurs de ces machines ?Les principales machines utilisées en France sont iVotronic, une machine à voter américaine, les machines NEDAP qui vient de Hollande et les machines INDRA. En Irlande ils ont acheté à peu près 40 000 machines de vote de type NEDAP et ne les ont jamais utilisées. Ils se sont rendu compte qu’il y aurait un problème à les utiliser. Lorsque nous avons commencé à publier des articles en France, et notamment sur cette machine, NEPAD a à son tour publié des articles sur le Web mettant en cause le sérieux de notre travail.Quels étaient leurs arguments ?Et bien ils précisaient que l’on n’était pas sérieux, que les résultats de nos études n’étaient pas crédibles, qu’on disait n’importe quoi. Ils nous traitaient de « pseudos chercheurs ». Par contre, ils ont publié pour répondre à notre travail, un rapport qui a été fait par l’université de Twente … et là je me pose des questions sur nos collègues hollandais, qui « prouvaient » que les machines à voter ne posaient pas de problèmes particuliers. On s’est alors un peu plus intéressé à leur étude : on s’est rendu compte qu’ils avaient considérés un échantillon de 500 personnes, avec pratiquement aucune personne âgée dedans, pas de personnes déficientes intellectuelles ou visuelles … C’est un premier biais méthodologique. Un second biais était qu’ils laissaient la possibilité aux gens de choisir de voter via ces machines ou d’autres systèmes. Dernier biais assez révélateur, ils prenaient en test utilisateur des gens qui avaient déjà voté via les ces machines à voter, et on les faisait revoter : il y avait donc un effet d’apprentissage non négligeable. Et malgré tous ces biais qui réduisaient considérablement les vrais problèmes, il y avait encore des personnes qui se trompaient !Est-ce que proposer des systèmes de vote alternatif ne serait pas la solution ?Si si tout à fait. Il faudrait logiquement laisser la possibilité aux citoyens de choisir le mode qui leur correspond le mieux … en sachant que les personnes âgées, les déficients visuels, les déficients moteurs etc. n’ont pas les mêmes besoins et donc devraient bénéficier d’interfaces adaptées différentes.Est-ce que le processus de prise de conscience des problèmes que vous relevez est en marche ?Il est en marche mais c’est très long. L’an dernier lors des votes électroniques en France, j’étais en relation avec les associations d’informaticiens qui militaientcontre ces machines pour des raisons de sécurité. Je peux vous dire qu’ils écoutaient ce qu’on avait à dire, mais sans être réellement convaincus … Ils nous disaient « oui oui vous avez raison, certaines personnes auront des problèmes », mais ils n’en étaient pastellement convaincus. Ils campaient en fait prioritairement sur leurs problématiques de sécurité. Le soir du premier jour de vote, ils se sont rendu compte que l’on disait vrai. Ils ont pu observer un vrai chaos organisationnel, des files d’attentes démesurées, des gens énervés, des gens qui votaient pour B au lieu de voter pour A et qui ne s’en rendaient pas compte etc. Le soir même, des journalistes m’ont appelé pour avoir plus d’informations. On retrouve ce même genre de comportement pour les applications développées sans avoir recours à l’utilisateur. Les équipes projet disent « oui, l’interface à l’air intuitive etc. » mais le jour où l’on met l’utilisateur devant l’écran, c’est un tout autre problème … C’est à ce moment là que les gens commencent à prendre conscience du phénomène et à vous écouter.Vous expliquez qu’il y a un vrai problème de confiance des utilisateurs envers ces machines. Vous précisez que les critères d’utilisabilité et d’accessibilité peuvent améliorer cette confiance. Y a-t-il d’autres critères à considérer ?Oui, d’une manière générale il y a tous les critères qui permettent d’améliorer la crédibilité de ces machines à voter. Mais si vous parlez d’ergonomie, il y a déjà beaucoup de choses à faire ! P.ex. en France, aucune machine n’est pourvue d’imprimantes. C’est purement électronique et l’on ne sait pas ce qu’il se passe à l’intérieur. Vous prenez n’importe quel étudiant en informatique de première année, il seracapable de simuler un fonctionnement interne de la machine différent de celui qui est enregistré au niveau de l’interface graphique … Après il y a évidemment des choses plus simples, comme proposer une page intermédiaire avant de valider son vote, de nommer le bouton de validation « Voter » plutôt que « Valider », etc.(…)Mais il faudrait surtout un moyen pour matérialiser physiquement le vote. D’ailleurs aux Etats-Unis, il ne faut pas oublier qu’ils ont du recul, chaque machine à voter à une imprimante à côté. L’utilisateur peut imprimer ce qu’il a voté. D »ailleurs une version imprimée est également conservée dans une urne à côté au cas où il y aurait un problème avec le système.Quel est l’avenir de ces machines ?Et bien l’avenir … ce qu’il faut dire c’est qu’en ce moment on revient en arrière. NEDAP la machine hollandaise n’est plus du tout utilisée, même pas en Hollande. La Belgique a arrêté ses expériences, beaucoup de pays commencent à revenir en arrière. Après en terme d’avenir, il ne faut pas oublier la perspective de l’eVote, le vote électronique sur le Web. Mais nous n’en sommes pas là, cela implique d’autres problèmes, p.ex. de confidentialité. Parce qu’une personne qui vote de chez soi peut être entourée, il n’y a pas d’isoloir électronique pour l’instant. Je dirais que dans l’état actuel, et bien la meilleure chose à faire c’est de ne plus utiliser les machines et en parallèle de continuer à chercher de meilleures solutions.(…)Sachant en plus que l’un des arguments le plus souvent abordé en faveur des machines c’est l’écologie avec les gains de papier, et les gains d’argent … Et bien on s’est rendu compte dans toutes les études que le différentiel était très faible. Il y a tout un ensemble de coûts supplémentaires impliqués par ces machines : il faut les acheter, puis les stocker, les maintenir.(…)Et puis il y a aussi le côté « rite social ». Dans le vote classique, les gens du quartier sont ensemble pour organiser le bureau de vote. Cela crée, comment dire, une certaine ambiance, une communion dans un village, tout le monde participe. Avec des machines électroniques ce n’est plus le cas.Avez-vous une dernière petite anecdote à nous faire partager ?Oui il y en a plusieurs. Celle qui m’a le plus frappée c’était quand on a fait les tests utilisateurs à Reims. Parmi les séniors qui ont fait les tests utilisateurs, la moitié n’a pas réussi à voter. Toutes ces personnes faisaient partie d’une classe socio professionnelle aisée, donc cadre, cadre supérieur, chercheur et ainsi de suite. P.ex., une des personnes qui avait voté pour B au lieu de voter pour A était un sénior qui avait 72 ans qui écrit encore des bouquins et qui est l’ancien président de l’université de Reims.(…)Dans cette session de test, on rappelait les gens qui participaient à l’étude pour faire un débriefing. Dans cette même session, nous avions donc rappelé une personne, un sénior de 74 ans, ancien directeur d’une société d’assurance; président d’un bureau de vote, actif pour acheter ces machines de vote etc. Quand je lui ai demandé comment ça c’était passé, qu’est-ce qu’elle en pensait etc. elle m’a répondu que c’était génial, que les machines étaient excellentes, que c’était le progrès et que c’était bien que Reims soit en avance par rapport à toutes les villes du coin. Je lui ai alors précisé que même s’il était en conditions idéales de test, pas de bruit, pas de pression particulière, sans stress, il avait tout de même mis 4 à 5 fois plus de temps. Il m’a répondu que c’est normal, car c’était la première fois qu’il utilisait ce système etc. Et puis j’ai conclu en disant qu’en plus, il avait voté pour une autre personne que celle pour laquelle il voulait voter. Il était catégorique et ne nous a pas crus. On a dû lui montrer les vidéos du test. La chose très grave, c’est qu’en sortant du bureau, il était convaincu d’avoir voté pour qui il voulait ! Imaginez les répercussions sur un vote national !Après cette dernière anecdote très surprenante, nous tenions à vous remercier chaleureusement pour votre disponibilité. A très bientôt !